La ville africaine de demain ne doit être ni une copie de New York, ni un musée de notre passé. Elle doit être la fusion de notre identité, de notre modernité et de nos ambitions économiques.

Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt l’entretien accordé à l’Agence Ecofin par l’architecte togolais Rodolphe Tchakpala, intitulé : « Si nos villes finissent par ressembler à Paris ou à New York, c’est que nous aurons échoué. » Je partage une partie de son analyse, notamment lorsqu’il défend la nécessité de concevoir une architecture adaptée à nos climats, à nos ressources et à nos modes de vie. Mais je voudrais apporter une contradiction fondamentale à sa vision de la ville africaine de demain.

Pourquoi faudrait-il considérer qu’une ville africaine qui ressemble à New York, Shanghai ou Shenzhen serait nécessairement un échec ?

À mon sens, ce raisonnement aborde davantage la question sous l’angle esthétique, architectural et culturel, sans accorder suffisamment de place aux impératifs économiques, démographiques, industriels et technologiques qui vont déterminer l’avenir de nos villes. Une ville n’est pas seulement un ensemble de bâtiments que l’on contemple. C’est un écosystème vivant, une concentration de populations, d’activités économiques, de réseaux, d’énergies, de services, d’industries et d’infrastructures. Et l’Afrique de demain devra faire face à une réalité incontournable : une croissance démographique considérable, une urbanisation accélérée et des besoins en infrastructures sans précédent. Nous ne pouvons donc pas imaginer la ville africaine du futur uniquement à partir des formes architecturales de notre passé, aussi remarquables et ingénieuses soient-elles. Nous devons aussi nous poser des questions beaucoup plus pragmatiques.

Comment loger des millions de personnes supplémentaires sans continuer à étaler indéfiniment nos villes et à détruire nos forêts, nos terres agricoles et nos espaces naturels ? Comment concentrer intelligemment les réseaux d’énergie, d’eau, d’assainissement, de transport et de télécommunications pour en réduire les coûts de déploiement, de maintenance et d’exploitation ? Comment construire des villes suffisamment attractives, organisées et performantes pour accueillir des entreprises, des industries, des centres de recherche, des touristes et des investisseurs internationaux ? Comment réduire les déplacements inutiles, fluidifier les échanges commerciaux, organiser la logistique urbaine et améliorer la productivité de nos économies ?

Voilà les questions auxquelles l’architecture et l’urbanisme africains doivent aussi répondre !

Et c’est précisément pour cela que je défends, entre autres, le principe d’une urbanisation verticale, maîtrisée et intelligente. Non pas pour reproduire aveuglément Manhattan ou les mégapoles chinoises, mais parce que la concentration verticale, lorsqu’elle est bien conçue, peut permettre de rationaliser l’occupation du sol, de mutualiser les infrastructures, de densifier les activités économiques et de préserver davantage d’espaces naturels.

Il ne s’agit évidemment pas de construire des gratte-ciel partout. Il s’agit de choisir les densités, les hauteurs et les formes urbaines en fonction des besoins, des ressources et des contraintes de chaque territoire. Prenons également l’exemple de la Chine. Son développement urbain et industriel spectaculaire s’est accompagné de graves problèmes de pollution, de congestion, de consommation énergétique et de dégradation environnementale. Mais l’une des leçons de son expérience réside précisément dans sa capacité à développer de nouvelles réponses technologiques, industrielles et réglementaires pour corriger progressivement les déséquilibres de son urbanisation.

Pourquoi devrions-nous renoncer à la modernité sous prétexte qu’elle génère des problèmes, plutôt que d’apprendre à maîtriser les technologies permettant de les anticiper et de les résoudre ? Nous avons même une opportunité historique : ne pas reproduire toutes les étapes du développement des autres, mais réaliser un véritable saut technologique ! Ce que les économistes et les spécialistes de l’innovation appellent le leapfrogging, ou saut de grenouille technologique.

Nous pouvons dès aujourd’hui penser des villes intégrant des réseaux énergétiques intelligents, des systèmes de stockage d’énergie, des bâtiments bioclimatiques, des infrastructures numériques, des mobilités électriques, des systèmes automatisés de gestion de l’eau et des déchets, des centres de données et des outils d’intelligence artificielle au service de la planification et de l’exploitation urbaine.

La ville africaine de demain sera intelligente, ou elle continuera de subir les limites de ses infrastructures.

Et pour ce qui concerne son identité architecturale, je défends personnellement un imaginaire que je qualifierais volontiers d’afrofuturiste, avec une inspiration STEAMPUNK. Une ville où l’ancien et le moderne dialoguent. Où nos références culturelles, nos matériaux, nos savoir-faire et nos formes architecturales historiques fusionnent avec l’ingénierie contemporaine, les technologies avancées et les impératifs de fonctionnalité. Une ville qui peut être belle, singulière et profondément africaine, mais aussi verticale, connectée, productive, industrielle et résiliente.

Il ne s’agit pas de choisir entre notre identité et la modernité. Il s’agit de construire notre propre modernité ! Mais au-delà de cette divergence avec Rodolphe Tchakpala, je voudrais surtout transformer cet échange d’idées en un véritable appel à la mobilisation. Car il y a une chose dont je suis convaincu : nous avons suffisamment diagnostiqué les problèmes de nos villes africaines. Il est temps de passer de la complainte à la proposition, puis de la proposition à la construction !

Depuis des décennies, nous dénonçons les mêmes problèmes : urbanisation anarchique, insuffisance des infrastructures, embouteillages, logements inadaptés, coupures d’électricité, pénuries d’eau, inondations, défauts de planification et faiblesse des investissements. Nous organisons des conférences, nous publions des analyses, nous exposons les solutions. Mais combien d’entre nous se retrouvent véritablement aux endroits où les projets peuvent être présentés, confrontés aux réalités techniques, financés et finalement réalisés ?

Architectes africains, urbanistes, ingénieurs, concepteurs et bureaux d’études : où êtes-vous ? Faites-vous connaître !

Je refuse de croire que notre continent manque de talents et de compétences capables de concevoir les villes les plus innovantes du XXIe siècle. Je suis au contraire convaincu que des milliers d’idées et de projets existent déjà dans nos écoles d’architecture, nos universités, nos cabinets d’ingénierie, nos bureaux d’études et au sein de notre diaspora. Mais ces compétences restent trop souvent dispersées, insuffisamment visibles et éloignées des circuits de décision et de financement.

C’est précisément ce que nous voulons contribuer à changer avec AFRICAN CAPITALS 2063 — Smart City Summit & Investment Forum. Je lance donc aujourd’hui un premier appel à tous les architectes, urbanistes, ingénieurs, paysagistes, designers urbains, chercheurs et concepteurs africains, qu’ils soient établis sur le continent ou dans la diaspora.

Venez Nous Montrer Votre Vision De La Ville Africaine De 2063 !

Venez avec vos plans, vos maquettes, vos simulations, vos concepts, vos études, vos innovations et vos projets de transformation urbaine. Venez nous montrer comment vous imaginez Brazzaville, Lomé, Cotonou, Kinshasa, Abidjan, Dakar, Douala et toutes les autres capitales africaines dans trente ou quarante ans. Mais venez surtout avec des propositions que nous pourrons confronter à des réalités économiques, énergétiques, foncières, industrielles et financières. Nous voulons réunir les architectes avec les ingénieurs, les industriels, les opérateurs d’infrastructures, les collectivités, les institutions publiques, les investisseurs et les partenaires financiers.

Car une ville ne se construit pas uniquement avec de belles perspectives architecturales. Elle se construit aussi avec des compétences, des technologies, des capitaux, des modèles économiques et des décisions politiques.

C’est tout le sens de notre démarche d’Intelligence Collective : faire travailler ensemble des acteurs qui, trop souvent, réfléchissent séparément aux mêmes problèmes. Notre ambition est de créer un espace où les idées pourront devenir des projets, où les projets pourront rencontrer des partenaires, et où les partenariats pourront déboucher sur des investissements et des réalisations. Je vous invite donc à nous rejoindre pour cette première rencontre AFRICAN CAPITALS 2063, du 29 au 31 janvier 2027 à Istanbul, en Türkiye. Nous avons choisi Istanbul comme lieu de convergence entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, afin de favoriser les rencontres avec les compétences, les industriels, les entreprises et les investisseurs internationaux.

L’avenir de nos villes ne doit plus seulement se raconter. Il doit se dessiner, se planifier, se financer et se construire !

Alors, architectes africains, prenez votre place dans cette histoire.

Inscrivez-vous, faites-vous connaître, présentez vos propositions et réservez dès maintenant votre participation sur notre site :

AFRICAN CAPITALS 2063
Smart City Summit & Investment Forum
29–31 janvier 2027 — Istanbul, Türkiye

Une vision. Des compétences. Des investissements. Des villes à construire ensemble.

Patrice Nzianse Pognon
Fondateur — Hi-Labz Urban Dynamics
Initiateur d’AFRICAN CAPITALS 2063

#AfricanCapitals2063 #ArchitectureAfricaine #Afrofuturisme #SmartCities #Urbanisme #IntelligenceCollective #Innovation #Infrastructures #DiasporaAfricaine