Épisode 10 — Construire en hauteur, organiser les usages et sécuriser les infrastructures de demain.

Plus nous concentrons les activités et connectons les équipements, plus nous devons penser ensemble leur utilité, leur sécurité et leur continuité.
Depuis Haussmann, notre série explore une même ambition : transformer la ville pour améliorer les conditions dans lesquelles nous habitons, travaillons, produisons et échangeons.
Nous avons abordé les grands travaux, leurs financements, les projets Smart Tech et la valeur qu’ils peuvent créer. Pour conclure cette séquence, deux sujets se rejoignent : la conquête de l’espace vertical et la protection des infrastructures connectées.
Le lien est concret. Une tour réunissant logements, bureaux, commerces et services concentre des activités, mais aussi des dépendances : ascenseurs, alimentation électrique, distribution d’eau, contrôle des accès et systèmes de supervision.
Une ville plus dense et mieux équipée demande donc une ingénierie capable d’organiser ces usages et de préserver leur fonctionnement.
Construire la ville de demain, c’est aussi préparer sa capacité à résister.
Coloniser l’espace vertical pour mieux préserver l’espace au sol.
Chaque nouveau logement ou équipement doit-il nécessairement repousser les limites de la ville ?
À mesure que nos capitales grandissent, nous devons examiner les possibilités d’accueillir davantage d’habitants et d’activités tout en limitant la consommation de terres agricoles et d’espaces naturels.
La verticalité constitue une réponse possible. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur la densité, les transports et la proximité des services. ONU-Habitat souligne l’intérêt d’un développement urbain compact et planifié, accompagné de réseaux et d’espaces publics adaptés.
La hauteur doit toutefois être choisie en fonction du territoire. Un quartier d’immeubles intermédiaires peut déjà offrir une densité importante. Une tour devient pertinente lorsque ses usages, son implantation et ses conditions d’exploitation le justifient.
La question est de savoir quelle organisation permet de mieux vivre sur un espace maîtrisé.
Préserver les milieux naturels exige aussi des décisions d’aménagement effectives. La construction en hauteur doit s’accompagner d’une protection des espaces que l’on souhaite conserver.
Une tour peut devenir une concentration d’activités économiques.
Imaginons un ensemble immobilier accueillant des commerces dans ses niveaux inférieurs, des bureaux et des espaces de travail aux étages intermédiaires, puis un hôtel, des appartements et des logements.
Un socle spécialement conçu pourrait accueillir une salle de sport, des espaces culturels ou une salle de spectacle.
Un même programme réunirait ainsi plusieurs fonctions : habiter, travailler, consommer, se divertir et accéder à des services.
Cette organisation ouvre différents champs d’investissement : immobilier résidentiel, hôtellerie, bureaux, commerces et exploitation de services. Les ressources peuvent provenir de loyers, de nuitées ou de prestations, selon les activités retenues.
Leur complémentarité doit être étudiée. Un hôtel, des logements et une salle de spectacle possèdent des horaires, des circulations, des exigences acoustiques et des contraintes de sécurité différents. La diversité des activités peut répartir certaines sources de revenus, mais elle ne garantit ni l’occupation ni la rentabilité de l’ensemble.
Un programme mixte devient cohérent lorsque ses activités peuvent fonctionner ensemble sans se nuire.
C’est aussi le prolongement des investissements Smart Tech présentés dans les épisodes précédents. Une laverie peut servir les résidents. Des bornes de recharge peuvent équiper les stationnements. La gestion énergétique peut coordonner plusieurs usages.
L’ingénierie doit alors traiter la structure, l’incendie, l’évacuation, les ascenseurs, l’eau, l’énergie et la maintenance. Elle doit également prévoir des charges d’exploitation compatibles avec les moyens des occupants.
La concentration des usages exige de maîtriser leurs interdépendances.
Mutualiser des équipements peut présenter un intérêt. Mais une dépendance commune peut aussi amplifier les conséquences d’une panne.
Si une alimentation électrique dessert plusieurs services, lesquels doivent être maintenus en priorité ? Si une supervision devient indisponible, quelles fonctions continuent localement ? Si un contrôle d’accès tombe en panne, comment préserver à la fois la sécurité et l’évacuation ?
Ces questions doivent être posées pendant les études.
La même logique s’applique à l’échelle urbaine : transports, énergie, eau, logistique alimentaire et télécommunications entretiennent des relations de dépendance.
Une ville connectée doit savoir jusqu’où connecter ses systèmes, et où maintenir des séparations protectrices.
L’attaque contre les installations frigorifiques rappelle que le numérique agit sur le monde physique.
Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, une cyberattaque a touché des systèmes de réfrigération de supermarchés français. Des perturbations du froid ont entraîné des pertes de marchandises. Le 13 octobre, les investigations étaient toujours en cours ; aucune attribution publique ni motivation certaine ne permettait alors de qualifier l’opération de terroriste.
Cet événement montre ce que peut produire la compromission d’un équipement de commande : une action numérique peut dégrader un processus physique.
L’analyse d’exposition d’ONYPHE souligne notamment le rôle des interfaces de télémaintenance accessibles depuis Internet et la fragmentation des responsabilités entre magasins, frigoristes et équipes informatiques. Elle précise également que l’exposition d’un équipement ne prouve pas son implication dans les incidents.
Pour nos villes, la leçon dépasse la réfrigération. Une atteinte à des systèmes de commande ou de supervision peut perturber les services auxquels ils participent : énergie, pompage, accès aux bâtiments ou transports.
Le cyberterrorisme appartient aux menaces à envisager. Il faut également considérer la cybercriminalité, le sabotage, les erreurs humaines et les défaillances techniques. Leurs intentions diffèrent ; leurs effets sur la continuité du service peuvent être graves.
La cybersécurité urbaine protège aussi des marchandises, des déplacements et des conditions de vie.
La connexion a une utilité ; sa protection doit faire partie du projet.
Les installations frigorifiques connectées permettent notamment de suivre les températures, de transmettre des alarmes et d’organiser la maintenance.
L’intégration énergétique peut également permettre de récupérer de la chaleur issue de la réfrigération pour d’autres usages. Des réalisations de ce type sont documentées par Danfoss. Les économies obtenues dépendent toutefois de l’installation, du climat et des besoins du site : elles ne peuvent pas être généralisées sans étude.
L’enjeu consiste à conserver ces fonctions utiles tout en maîtrisant les accès et les interactions.
Un réseau interne peut rester exposé par des accès de maintenance, des ordinateurs de prestataires ou des supports amovibles. Une interface d’administration ne doit donc pas être traitée comme un simple outil pratique.
Les recommandations de l’ANSSI associent notamment cloisonnement, sécurisation des accès distants, contrôle des supports et protection des moyens d’administration.
La télémaintenance doit être conçue comme une intervention autorisée, limitée et traçable.Une dérive de température doit rencontrer plusieurs barrières.
Dans le cas du froid, ton observation est essentielle : une hausse anormale devrait pouvoir déclencher plusieurs niveaux de surveillance et de réaction.
Sans connaître l’architecture des magasins touchés, nous ne pouvons pas affirmer quelles protections manquaient ou ont été contournées. Nous pouvons en revanche préciser ce qu’une conception robuste doit examiner.
Il faut d’abord surveiller la température réellement mesurée, et pas seulement la consigne affichée. Il faut aussi contrôler les changements de paramètres et disposer, selon la criticité, d’alarmes et de protections suffisamment indépendantes du système de commande principal.
L’analyse doit tenir compte du fonctionnement normal : ouverture de portes, maintenance ou dégivrage. Les seuils et les temporisations doivent permettre de distinguer ces situations d’une dérive dangereuse.
Une alarme doit ensuite parvenir à une personne en mesure d’agir, avec une procédure d’escalade si elle n’est pas prise en charge. La supervision technique et la détection d’incidents cyber remplissent des fonctions complémentaires, comme le rappelle la doctrine de l’ANSSI consacrée aux systèmes industriels.
Les actions de repli doivent être définies par l’analyse des risques. Couper un équipement peut être approprié dans une situation et aggraver les conséquences dans une autre. Les systèmes industriels imposent précisément de concilier cybersécurité, disponibilité et sécurité physique.
Détecter, transmettre, décider et agir : toute cette chaîne doit fonctionner.
Identifier une personne et lui donner le droit d’agir sont deux décisions différentes.
L’authentification vérifie l’identité de l’utilisateur. L’autorisation définit les actions qu’il peut réaliser.
Un agent qui consulte une température n’a pas nécessairement besoin de modifier ses limites. Un prestataire intervenant sur un équipement ne doit pas disposer automatiquement d’un accès permanent à l’ensemble du bâtiment.
Pour certaines opérations critiques, nous pouvons prévoir une validation supplémentaire, une durée d’accès limitée ou une double approbation.
L’authentification multifacteur renforce la vérification d’identité en associant des facteurs distincts : une connaissance, un objet détenu ou une caractéristique biométrique. Empreinte digitale, iris ou réseau veineux peuvent faire partie des solutions étudiées. Deux caractéristiques biométriques ne constituent toutefois pas automatiquement deux facteurs de catégories différentes.
La biométrie demande également de protéger les données et de prévoir les situations d’échec ou d’indisponibilité. Le choix doit être proportionné à l’usage.
Les serrures à code illustrent l’évolution des accès domestiques, sans que l’on puisse annoncer une disparition générale des clés physiques en Corée du Sud ou en Asie. Un accès électronique doit lui aussi prévoir la panne, le secours et l’évacuation.
La sécurité dépend de l’ensemble du dispositif, pas du seul moyen d’identification.
L’intelligence artificielle peut renforcer la vigilance, avec un rôle clairement défini.
L’IA peut être envisagée pour rapprocher des signaux que les équipes auraient du mal à examiner simultanément : une connexion inhabituelle, une modification de consigne et une évolution anormale de température.
Elle peut aider à repérer des comportements atypiques, classer des alertes et accélérer l’analyse.
Mais aucune IA ne peut garantir la détection de toute intrusion. Ses performances doivent être évaluées dans les conditions réelles, notamment à travers les alertes injustifiées et les anomalies manquées. Le NIST insiste sur ces mesures et sur l’organisation de la supervision humaine.
Nous devons donc définir les réactions qu’elle peut déclencher seule et celles qui nécessitent une validation. Ses propres données, modèles et accès doivent être protégés.
Une température dangereuse doit continuer à déclencher les protections prévues, même lorsque le système d’IA est indisponible.
L’IA peut devenir une vigie supplémentaire, intégrée à une organisation qui sait intervenir.
Observer les espaces pour mieux les gérer, avec des finalités précises.
Les caméras et les capteurs peuvent contribuer à la sécurité de certains lieux et à la gestion des flux : repérer un encombrement, comprendre la fréquentation d’un accès ou aider à organiser une intervention.
Il faut définir le besoin avant de choisir le dispositif. Compter des passages ne nécessite pas toujours d’identifier les personnes.
Les projets doivent préciser les accès aux images, les durées de conservation et les usages autorisés, selon le cadre local. Ils doivent aussi protéger les caméras et leurs réseaux.
Pour la gestion des foules, la technologie accompagne une organisation humaine : agents, procédures, signalétique et possibilités d’évacuation.
La confiance des habitants fait partie de la qualité du service urbain.
La ville de demain demande des compétences présentes sur son territoire.
Cette évolution crée des besoins en cybersécurité industrielle, réseaux, automatismes, maintenance, énergie et exploitation des bâtiments.
Un frigoriste doit pouvoir travailler avec une équipe cyber. Un intégrateur doit comprendre les contraintes de l’exploitant. Une équipe informatique doit mesurer les conséquences physiques d’une intervention.
Les contrats doivent préciser qui surveille, qui met à jour, qui intervient et comment le service est rétabli. Les formations et les exercices doivent préparer ces équipes à agir ensemble.
Ces moyens doivent être budgétés dès le projet, avec les pièces, les sauvegardes, les renouvellements et la gestion de l’obsolescence.
Investir dans une infrastructure, c’est aussi investir dans les personnes capables de la faire durer.
Moderniser nos capitales en partant de nos façons d’y vivre.
Les expériences chinoises, européennes ou d’autres régions peuvent nous inspirer. Leur adaptation doit partir de nos climats, de nos pratiques commerciales, de nos structures familiales et de nos usages de l’espace public.
Une tour africaine doit pouvoir dialoguer avec son quartier : commerces accessibles, espaces ombragés, lieux de rencontre, services et mobilités adaptés.
Les technologies doivent répondre aux capacités locales d’exploitation. Les standards peuvent être élevés tout en préservant la diversité de nos villes et leur identité.
Avec HI-LABZ Urban Dynamics, nous souhaitons intégrer ces dimensions aux études, aux modèles d’exploitation et à la recherche de partenaires techniques et financiers.
C’est le sens de AFRICAN CAPITALS 2063 : organiser une modernisation dans laquelle architecture, économie, compétences et sécurité avancent ensemble.
Notre parcours commencé avec Haussmann nous conduit ainsi à une responsabilité contemporaine. Nous devons organiser les réseaux visibles de la ville, mais aussi les systèmes numériques qui participent désormais à leur fonctionnement.
Coloniser l’espace vertical pour multiplier les usages.
Maîtriser les systèmes connectés pour préserver la vie qu’ils rendent possible.
Une vision. Des compétences. Des investissements.
Des villes à construire ensemble.
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